Les soubresauts

Drama King

On proposait la semaine dernière que le blogueur était peut-être, parfois, un héautontimorouménos.

On prend ça avec un grain de sel, je vous en prie.

J’ai toujours été réticent à faire du méta ici. Vous pouvez fouiller dans les archives, il n’y en a pas beaucoup. Je trouve ça facile. Comme tentation, je veux dire. Évidemment, en bloguant, on se pose la question du blogue. Moi aussi, j’ai mes petites théories. Je préfère essayer de les mettre en pratique, sans me justifier. Là, comme ce blogue est mort — je ne l’annonce pas, c’est fait depuis longtemps — je me permets une petite séance d’autopsie. Après, ça va se passer ailleurs. Ou autrement. La vie des autres ?

J’ai été si préoccupé par mon cul que je croyais que l’ipséité était un onguent pour les hémorroïdes.

La vie des autres.

Avant c’était plutôt l’avis des autres.

Et là, vous pensez quoi ? Est-ce que je fake ? Est-ce que je suis sincère ?

Quand j’étais encore capable d’écrire ici, je pensais frivolité, mise en scène de l’échec. Au fond, j’ai peut-être été plus cynique que je ne le croyais. Par un raisonnement retors, j’accordais de la valeur à mes niaiseries, et j’avais le culot de garder ouverte une porte de sortie, celle de la frivolité.

C’est sans importance.

J’ai écrit ça vite, tsé.

Tu vois l’genre.

J’admire les blogueurs qui écrivent le quotidien avec authenticité, avec sincérité, et qui évitent les écueils de la mise en scène de soi. C’est rare et c’est précieux. Pour ma part, j’ai préféré prendre le parti du mensonge. Pendant un temps ça m’a paru intéressant de faire semblant d’avoir ramassé un oiseau mort sur le bord du trottoir. D’inventer des rencontres avec des femmes fatales ou des ratés. Quand je me posais la question de la nécessité, je me disais qu’au pire du pire, il restait le travail sur le style. Des exercices, c’est tout. Écrire des dialogues en tentant de restituer le dynamisme de la parole des gens que je côtoie.

Confession douloureuse : j’ai toujours eu un rapport thérapeutique à l’écriture. Si je veux écrire pour vrai, il faut que je m’éloigne de ça. Avec moi, ça ne marche tout simplement pas. Cette relation médicale, la recherche de la santé, est devenue avec le temps une façon de justifier mon égoïsme.

Effet optique, le nombril gros comme un maelstrom. Perdu dedans. Étouffé par toute la mousse accumulée.

Complaisance #1 : aimer certaines tournures à un tel point qu’on en vient à se crisser du sujet. Posture d’esthète.

Complaisance #2 : aimer la complexité d’un rapport au monde tourmenté, la profondeur du noyé, et mépriser les patineurs qui glissent sur la fine pellicule de l’existence.

Complaisance #3 : être si convaincu du bien-fondé du pessimisme que ça devient du militantisme, et les optimistes, des ennemis.

***

À GO, on part à rire !

1-2-3…

Merci Dosto

Je pense souvent, de plus en plus souvent, que les études littéraires, le discours théorique surtout, sont ridicules. Ça me frustre. Je reviens constamment là-dessus, avec mes proches. Je viens d’une école assez théorique, ça s’est fait par hasard, j’ai l’impression, et à un moment je me suis mis à aimer la théorie pour elle-même, comme si c’était une fin, la pensée théorique, et qu’elle n’avait pas à servir une cause, une idée, les gens, quelque chose comme ça. Il faut faire attention avec ces choses-là. C’est ridicule de prétendre à la scientificité. Je ne connais pas grand-chose à la science, mais l’idée que je m’en fais est humaniste. Elle devrait, idéalement, être au service du bonheur. That’s it. Je pense que tous les grands théoriciens ont cette idée-là derrière la tête.

 

Je pense à ça parce que je viens de terminer les Frères Karamasov. Il y aurait 1000 choses à dire à propos de ce grand roman. Mais l’essentiel, c’est qu’il s’agit d’un texte qui a la capacité rare d’aviver la conscience du lecteur, sa sympathie pour la souffrance des autres. C’est une leçon immense que nous livre Dostoïevski. Les humains sont méchants, les humains sont à plaindre. Il faut de la compréhension, de l’amour, la capacité de pardonner. Je sonne catho comme le christ en disant ça, mais je ne pense pas que ce soit le fond de la question. Ce que j’essaie de dire, c’est que la littérature peut, doit avoir un but. Je suis tellement en crisse contre le discours textualiste, la pensée d’une littérature autonome, coupée de la réalité, toutes ces hosties de cochonneries de théoriciens post-structuralistes. C’est un mensonge, c’est une erreur grossière. Un texte autosuffisant, une littérature solipsiste, ça ne se peut pas. Et les textes, les penseurs qui prétendent à cette autosuffisance sont misérables.

 

Je veux croire que la littérature peut nous rendre meilleurs. Je m’en sacre de sonner cliché, je m’en sacre d’être impressionniste, préthéorique ou j’sais pas quoi. Il y a des idées vieilles comme le monde, des clichés qui valent la peine d’être répétés sans cesse, avec toujours plus de verve. Si un roman peut me rappeler que la réalité est toujours plus complexe, qu’elle ne finit jamais de se déplier et qu’on a toujours tort d’arrêter un jugement définitif sur celle-ci, s’il me permet de constater que je ne suis pas seul à souffrir de cette complexité, avec mes fautes passées et ma connerie, et bien c’est amplement suffisant, je ne lui demande rien d’autre.

 

On arrive difficilement à parler de ça dans les milieux académiques. Parce qu’il faut une méthode, des hypothèses, un cadre.

 

Le cadre, c’est la vie, la méthode, c’est l’angoisse qui vient avec.

 

Merci Dosto.

Merci bonsoir.

discrets

Nous sommes peu nombreux de notre phratrie, et ça serait sans importance si nous étions fiers, mais nous avons honte et nous vivotons, discrets, soucieux de préserver l’indifférence des autres à notre endroit, parce qu’autrement ça serait souillure, abjection, et nous n’aurions plus rien.

Hier soir, Mathieu m’a dit qu’il se sentait dépossédé, mon semblable, mon frère, et je n’ai rien trouvé à lui répondre.

On parle de mémoire, de souvenirs, comme si c’était toujours majestueux de se souvenir, et comme si le passé n’était pas entaché par ce qu’on est devenu.