Archive pour février, 2008

Have a cigarette

29 février 2008

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Pour dire la vie, on est passé par toutes sortes de comparaisons. L’une d’elles, qui me plaît bien, est celle de la fumée. La vie serait semblable à une cigarette. Ses volutes, la part de plaisir qu’on intériorise, sont également un expédiant vers la perte. Tout comme un fumeur entretient une relation basée sur la dichotomie plaisir / souffrance avec la cigarette, la vie n’est rien d’autre qu’un mouvement de balancier entre pulsions ascendantes et pulsions descendantes. On peut dire aussi, d’une manière un peu tautologique, que la vie, c’est ce qui tue. La comparaison ne s’arrête pas là ; elle montre bien aussi la relation souvent masochiste que nous avons à la vie ; on la prend, bon gré mal gré, avec le lot de souffrances qui l’accompagne.

« Nous ne serons pas vieux, mais déjà las de vivre »

28 février 2008

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Nelligan fait partie de ces poètes dont tout le monde parle sans les avoir lus (ou si peu). «Ah ! Comme la neige a neigé !», voilà à peu près tout ce qui reste, dans la mémoire collective, du poète maudit. Pourtant, les poèmes les plus intéressants de Nelligan (je devrais dire qui m’intéressent le plus) sont ceux dans lesquels il exprime le refus de vieillir, une sorte d’apologie de la jeunesse que Ducharme a très bien saisi (ce n’est pas un hasard si Mille Milles possède un poster de Nelligan, dans Le nez qui voque). Dans un de ses poèmes, Nelligan écrit :

Tu nous visiteras comme un spectre de givre ;
Nous ne serons pas vieux, mais déjà las de vivre,
Mort ! que ne nous prends-tu par telle après midi [...]

J’exagérerais à peine en disant que ce sont les plus beaux vers de Nelligan, les plus authentiques, les plus touchants. Évidemment, cet appel à la mort est étouffé par ceux qui écrivent l’Histoire ; on se plaît bien davantage devant un jardin de givre que devant la faucheuse… et pourtant. Nelligan a aussi écrit plusieurs beaux poèmes sur la musique, notamment sur Chopin :

Que ton piano vibre et pleure,
Et que j’oublie avec toi l’heure
Dans un Éden, on ne sait où…

Bref, je crois que Nelligan est un des exemples les plus flagrants des méfaits du succès. Nous connaissons tous sa figure d’enfant battu, prenons un peu de temps pour lire ce qu’il y avait derrière cette prétendue folie

Épectase médiatique

28 février 2008

Ah ! Il était temps pour moi de sortir du silence, ce silence lourd qui dura presqu’une année, année durant laquelle ma pensée demeura dans ce bocal de formol qu’est le confort du quotidien. Plutôt que de poursuivre dans ma lancée auto-critique, ma lancée d’exigence et d’auto-censure du passé, je vous proposerai à l’avenir des billets tout simples, des billets à la va comme je te pousse, au gré de l’actuel et de l’inactuel, toujours en dialogue avec des objets qui m’obsèdent (il y en a plusieurs…!)

Aujourd’hui, puisqu’un come-back se doit d’être fracassant, je vous glisse quelques mots sur Britney Spears, la reine de la manchette, l’ennemie numéro un de la forêt amazonienne bien qu’elle ait, vous en conviendrez, certaines affinités avec les Amazones. Ce matin, le Journal de Montréal nous informe, par la bande, que le commun des mortels n’a pas à se sentir mal lorsqu’il se masturbe devant la décadence qu’incarne Miss Spears ; celle-ci fait rouler l’économie américaine (un peu comme Sisyphe pousse son rocher), elle constitue à elle seule une véritable PME (autant dire, plus crûment, une vache à lait). « Britney Spears n’est peut-être pas le meilleur exemple à suivre pour vos enfants, mais elle est bonne pour l’économie américaine. »

En voilà une bonne nouvelle ! Ça me semble très éclairant quant à la prostitution généralisée de notre époque (j’y reviendrai) : Il faut convenir qu’à sa manière, Britney s’est prostituée comme pas une avant elle, mais ce qui est fascinant, ce qui ne cesse de m’étonner, c’est la férocité avec laquelle le client (lire ici le Peuple) en redemande ! Savez-vous ce qui fera vraiment jouir les participants de cette orgie médiatique ? Ce sera lorsque la mort de l’Idole leur viendra dans la face. Encore un bel exemple du morbide relié au plaisir…