Archive pour mars, 2008

Bavard dans la bibliothèque…

31 mars 2008

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Hier soir, discussion avec des amis où, pour faire mon intéressant, j’affirme d’un ton candide ma préférence pour le monde des livres sur le monde réel : « Des fois, je peux passer deux jours dans mes livres, enfermé dans mon trois pièces… Ce sont toujours des heures heureuses de pensées dansantes. Parfois, le retour à la réalité me déçoit. »

Évidemment, cela suffit pour plusieurs à confirmer l’instabilité mentale dont ils me soupçonnent depuis belle lurette… La discussion coupe court. Je dialogue davantage avec mon bock, histoire de voir ce dont il est capable et je me rends rapidement compte que son existence alterne, comme la mienne, allant du vide total au plein débordant…

Ironie de la vie qui visiblement n’a pas apprécié de se faire devancer par les livres : j’ai perdu, en fin de soirée, mon portefeuilles ainsi que toutes mes cartes d’identités. Techniquement, je n’existe plus, je n’appartiens plus au monde réel, je suis un lecteur, un blogueur, un imposteur. C’est décidé, je ne ferai pas de demande pour une nouvelle carte d’assurance sociale ; tout ce dont j’ai besoin, c’est ma carte d’accès à la bibliothèque…

Présence du passé

29 mars 2008

Je viens de recevoir une lettre que je m’étais écrite, à moi-futur-hypothétique, il y a plusieurs années… C’est une enseignante qui gardait cette lettre jusqu’à la date indiquée et… aujourd’hui, au moment où je m’y attendais le moins… présence du passé

« Salut Simon, je vieillis bien ? À mon âge, tu méprisais le monde des adultes… Où en es-tu maintenant ? M’as-tu oublié ? Je paris que tu as craché sur beaucoup de tes rêves. »

Cas clinique

29 mars 2008

Rubbens Dobraïevski est, sans l’ombre d’un doute, le dernier des poètes. Dans son ultime recueil, De schreeuw wordt niet geregend (2007) [titre que l’on peut traduire par Le cri n’est plus], il montre avec force l’impossibilité contemporaine de faire acte poétique. La poésie, selon lui, nécessite la possibilité d’établir un plan de vérité, à tout le moins idéal. Or, Dobraïevski donne à lire avec brio le caractère fondamentalement mensonger de notre temps, affirmant dans une formule fracassante que le vrai, c’est l’omniprésence du faux. Dans son recueil, dont il affirme à maintes reprises qu’il est ce qui précède le vide, Dobraïevski s’efforce, à partir de ce constat de la poésie mourante, d’écrire un ultime poème qui soit l’incarnation textuelle de cette mort. Ce volumineux recueil (342 pages), vous ne serez pas surpris de l’apprendre, est entièrement vierge, immaculé. Il dit sans cesse, dans d’étonnantes variations, l’impossibilité d’écrire… De schreeuw wordt niet geregend, De schreeuw wordt niet geregend… Le cri n’est plus, la poésie est morte… vive la poésie !…

Circularité

28 mars 2008

Il y a une ironie savoureuse dans le fait d’aller acheter de l’aspirine avec l’argent des bouteilles vides de la veille… oh oui.

Postulat #1

27 mars 2008

Lorsque je pense à toi qui n’existes pas, dès lors, tu existes.

Across the Universe

25 mars 2008

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Si j’écoute Across the Universe cent fois par jour, couché sur le tapis du salon et fixant les motifs d’une tapisserie qui n’existe-pas, est-ce que cela fait de moi un candidat idéal pour les expériences des Visiteurs ?

F pour fiction

24 mars 2008

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Suzanne Jacob, dans son magnifique essai La bulle d’encre, développe et brode autour d’un concept qui m’intéresse beaucoup, celui de fiction dominante. Le monde “réel” serait en fait constitué d’un flot de fictions de différents genres ; stéréotypes de sexes, idéologie, politique et culture. L’opinion du peuple, ce que celui-ci croit être vrai, serait en fait le résultat d’un ordre implicite, l’ordre de l’Ordre. Je cite de mémoire, par paresse : « À l’ère des communications, ce qui est communiqué, ce sont les ordres. » Pourquoi cette idée de fictions dominantes m’intéresse-t-elle ? Pour plusieurs raisons. D’abord, elle vient ébranler le concept de vérité, elle nous dit : n’est vérité que ce que l’on croit être vrai. Bien plus, et c’est peut-être ce qui me séduit dans cette idée jacobienne : la fiction a un pouvoir de vérité. Une fiction à laquelle l’on adhère a le même statut qu’une Vérité, philosophique par exemple. À propos de cette mince barrière entre la réalité et la fiction, il faut absolument visionner F for Fake d’Orson Welles, reportage dans lequel nous rencontrons les plus grands faussaires du vingtième siècle dont Elmyr De Hora, un peintre capable de reproduire à la perfection un Modigliani, le matin en prenant son petit déjeuner. Voici comment les propos de De Hora rejoingnent ceux de Jacob. Il nous dit, candide, après avoir mis à feu un faux Picasso : « Mes oeuvres, lorsqu’elles passent suffisamment de temps dans un musée, deviennent vraies. Elles sont des Picasso, des Modigliani. »

Le faux, le vrai… je lance le débat : Quel serait un critère de Vérité valable ?

Ce précieux miel

21 mars 2008

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Bon… Je me remet peu à peu de mes expériences intérieures, je me lève ce matin et suis obligé de convenir qu’on ne peut plus remettre les tâches ménagères à plus tard… C’est bien beau, cette idée de négliger le monde réel pour en explorer d’autres, mais il faut tout de même des chaussettes propres pour entreprendre un tel voyage. Hum, je n’ai pas envie de parler de tâches ménagères, rassurez-vous, j’enfile mes vieux bas et je vous amène à l’épicerie. Je suis de très mauvaise humeur, je marche sans même apercevoir la beauté qui m’entoure ; les arbres sont couverts de neige, vous savez, le bonheur des poètes, ce précieux miel dont Rilke parle… tout ça m’est inconnu. J’ai envie de boire du jus d’orange, j’ai envie de cueillir de grosses oranges brésiliennes. Je marche sur le Chemin Ste-Foy en direction du Provigo, la neige est belle mais je ne la vois pas… Je pense à ces oranges brésiliennes, je pense aux oranges bleues d’Éluard, pleines de mousses, sur la table du poète trop absorbé par son travail.

Dans l’épicerie maintenant, bel éclairage pour magasiner, les articles dansent le French cancan, se trémoussent dans leurs habits de prix fluos. C’est indécent… Faut-il préciser que je bois une Cream Ale en écrivant tout ça ? Bref, je ne sais plus où j’en suis. Ce matin, j’étais chez Provigo, je faisais prendre l’air à ma grosse face et je broyais du noir devant l’étalage de jus. C’est assez drôle de voir à quel point les gens tâtent les aliments. Les fruits et les légumes, ça va je peux comprendre, mais cette dame qui tâte sa pinte de lait, que fait-elle ? Elle a besoin d’affection, j’imagine. Ou peut-être veut-elle vérifier s’il n’y a pas une pépite d’or à l’intérieur… Ouais, on dit que les vaches ont parfois des pierres aux pies. Ça suffit pour aujourd’hui… Non ?

Écarts de l’esprit

20 mars 2008

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Là, j’entends déjà des lecteurs du blogue se dire : « Ark, Soubresaut qui adopte le ton platement lyrique de la plainte, du désespoir à la sauce littéraire, c’est pathétique tout ça, pourquoi ne nous écrit-il pas plutôt de sinistres histoires fin 19e, décadentes comme on les aime ? »

Hier soir, dans la pénombre de mon trois pièces, un vieil ami et moi avons ingurgité une quantité beaucoup trop élevée de café agrémenté de haschisch… Au départ, le projet visait la détente, mais nous avons été rapidement surpris par la force et l’acuité avec laquelle la drogue s’empara de nos esprits. Bientôt obligé à demeurer étendu dans ma chaise longue, je pensai tout d’abord aux Approches, drogues et ivresse d’Ernst Jünger, me convaincant que je pourrais profiter de l’occasion pour sonder les coins sombres de ma petite caverne intérieure, en profiter pour découvrir quelques zones de libertés cognitives…

Ernst Jünger, au-delà de toutes controverses, mérite l’attention des lecteurs ; il est l’un des rares intellectuels à avoir traverser le XXe siècle du début à la fin (1895-1998), et ses réflexions, les lumières qu’il projette sur la construction de l’édifice contemporain sont tout simplement fascinantes. Approches, drogues et ivresse n’est pas exclusivement un livre sur la drogue et ses effets, il s’agit plutôt d’un livre qui montre brillamment l’importance capitale des écarts de l’esprit.

Bref, une fois allongé dans ma chaise, je m’improvisai Jünger et je tentai d’exploiter les potentialités de cet état d’esprit où, le corps amorphe, il ne me restait plus qu’à penser. Ma respiration était pénible et, luttant contre l’anxiété qui va de paire avec l’examen intérieur que je me faisais subir, j’ai pensé à ce vers de Tzara,« Nos nerfs sont des fouets entre les mains du Temps. » et, simultanément, à Baudelaire lorsque celui-ci affirme avoir « plus de souvenirs que s’il avait mille ans. » Beau monstre hybride sorti d’une brèche mentale… Mes nerfs sont des fouets de mille ans, usés jusqu’à la corde, fatigués de claquer dans le vide… Mes souvenirs sont entre les mains du temps, mes souvenirs ne m’appartiennent pas, ils fuient….

En fait, l’expression de Baudelaire est un pléonasme, puisque tous les paradis sont artificiels…

La vie ascendante

19 mars 2008

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Des fois, je cherche la passion autour de moi… je ne la trouve pas. Je cherche mal. J’ai l’impression, et j’espère me tromper, que la passion est morte, que la passion est faible… J’ai l’impression que l’époque et le milieu dans laquelle j’essaie de vivre, de sur-vivre, rit à gorge déployé devant ce besoin essentiel de passion qui m’habite. Je n’ai jamais pu avoir un rapport utilitaire aux choses, aux gens, je ne connais pas les plans de carrières et je ne planifie pas mes débauches une dizaine à l’avance…. Mon calendrier est vide et sur chaque case je pourrais graver le signe de l’imprévu. Si j’avais à m’étonner de mon devenir, j’avouerais que je trouve surprenante cette résistance de mon être à l’aseptisation universitaire… C’est étrange tout ça, ma capacité à ne pas devenir un robot, à ne pas devenir une machine à produire de la pensée. Voilà pour l’étonnement… le reste, le reste, je n’en parle pas, ou plutôt j’en parle toujours, c’est du pareil au même, parole qui roule amasse la frousse. J’ai peur d’en dire davantage. Bien sûr, je suis émerveillé devant la vitalité de la jeunesse, devant ces sourires qui annoncent le printemps. La vie ascendante… Vous l’avez vu passer ?