Archive pour juillet, 2008

Je vais te regarder lire

30 juillet 2008

J’ai remarqué que les gens qui referment leur livre, dans l’autobus, ont toujours l’air déçus de retrouver le monde réel. Aujourd’hui, j’ai pu observer une jeune femme qui lisait Cent ans de solitude ; elle lisait un paragraphe puis, tournant la page, regardait par la fenêtre avec un regard de désespérée. J’avais envie de lui dire de recommencer sa lecture, de ne surtout pas s’interrompre… La littérature comme soluté de passion. Par la fenêtre, un paysage morne et gris défile, un décor qui contamine les yeux de la lectrice qui s’éteignent. Tu dois lire, encore un peu… tu es belle dans ton absence. Il faut oublier l’arrêt, il faut oublier de descendre… Comme je n’ai pas de livre, je vais te regarder lire.

Il faut croire… pour le croire !

28 juillet 2008

J’ai ces jours-ci des lectures qui m’empâtent le cerveau, des lectures qui, loin de stimuler mon imagination, m’empêchent d’écrire la moindre ligne qui soit valable. De Descartes et de ses Méditations métaphysiques, j’ai retenu un passage qui montre sans équivoque le dogmatisme dans lequel il patauge, croyant nager dans les eaux claires de la raison. Il affirme qu’ayant lu son livre « [...] les athées, qui sont pour l’ordinaire plus arrogants que doctes et judicieux, se dépouilleront de leur esprit de contradiction, ou que peut-être ils soutiendront eux-mêmes les raisons qu’ils verront être reçues par toutes personnes d’esprit pour des démonstrations, de peur qu’ils ne paraissent n’en avoir pas l’intelligence [...] »
(!!!)
Et oui… les athées sont trop imbéciles pour comprendre que l’existence de Dieu est irréfutable. Le doute, pour un croyant, est une forme d’arrogance. God damn !
(!!!)

Encore aujourd’hui, l’athéisme n’a pas trop la cote… Il suffit de prendre connaissance du traitement réservé à Michel Onfray depuis qu’il a publié son Traité d’athéologie

Bonne lecture !

Absent

24 juillet 2008

Ce matin, une femme merveilleuse déjeune dans un bistro avec un homme absent, un homme tout juste bon à penser qu’il pense mal : moi. Cet homme, dans son incapacité à sourire, se dit qu’il se trouve là dans une situation où précisément il doit sourire puisque la vie lui offre ce qu’elle a de meilleur. Une assiette de fruits succulents ne lui dit rien, oui, la beauté est amère, pense-t-il, la beauté est amère et la poésie me rend malade.

Une femme, seule à la table du fond, lit L’homme à tout faire de Robert Walser et l’absent trouve la scène émouvante. Je n’arriverai pas à terminer mon assiette, dit-il, bien qu’il n’ait grignoté que quelques raisins, tranches de melons et fraises. Non… je n’y arriverai pas.

Il s’écoeure, pense à Ducharme au moment le moins opportun, « le mépris de soi-même justifié est une maladie dont personne ne se relève », comment puis-je être arrogant au point de croire que je souffre plus qu’un autre…? Non, je n’ai pas le monopole de la douleur. La femme merveilleuse lui donne ses plus beaux sourires, sa présence radieuse qui le fait souffrir tant il croit ne pas être fait pour le bonheur.

Une vieille chemise brune

21 juillet 2008

J’ai eu la chance de connaître mon arrière grand-père, mort à l’âge de 93 ans dans un centre pour personnes âgées après avoir passé sa vie à osciller entre la ferme familiale et les chantiers en forêt où il exerçait le métier de bûcheron. L’hiver, il dormait au milieu des chevaux, réchauffé par leur haleine…. et par le gros gin. Comme un petit Jésus.

Un des souvenirs les plus marquants de ma lointaine jeunesse est cette habitude que nous avions de rendre visite à Amédée, les dimanches, pour ne pas qu’il se sente seul (lire ici : pour ne pas que la famille se sente coupable de l’abandonner à son sort de vieillard). J’étais un petit cul et je ne comprenais pas très bien ce qui se passait. La seule chose qui était claire, pour moi, c’était l’envie de sauter sur les genoux de l’ancêtre et de plonger ma petite main avare dans la poche de sa chemise où il cachait toujours des bonbons. Des bonbons, juste pour moi, j’étais le seul enfant de la famille à l’époque. Je me souviens qu’il portait toujours la même chemise à carreau, une chemise brune qui devait être confortable. Ma relation à mon arrière grand-père se résume à ce rituel répété jusqu’à la fin, ma petite menotte dans la poche de sa chemise, le bandit au grand sourire qui devait rendre le vieil homme heureux. Sans doute.

Quand Amédée est décédé, je n’avais pas tout à fait cinq ans. Mon premier contact avec la mort, un premier vertige devant l’insondable. Je me souviens, le jour de l’enterrement, ma mère avait écrit un petit mot, sur une carte minuscule que je devais glisser dans la poche de la chemise d’Amédée, le moment venu. La même chemise, brune comme les taches qui parsemait le visage fatigué du cadavre. Je me souviens m’être demandé s’il y avait encore une surprise pour moi dans cette poche, une dernière… Non. La mort m’avait volé mes bonbons.

Vieux livres

18 juillet 2008

Des échos qui viennent de loin m’empêchent de réfléchir. Le passé est à trois lettres de la pensée. Le passé est un tissu dont on se revêt les jours de pluie lorsqu’on a mal à l’être. Je possède de ces étoffes qui me déchirent l’échine, je possède des manteaux qui sont eux-mêmes des intempéries. Mon corps est lourd comme une absence. Ce soir je sourirai, car je suis un pendule. Ma pensée est trotteuse, ma pensée tourne en rond. Et pourtant, je vois bien que tout ça avance, inéluctablement, vers une fin indéterminée. Je pense à ce titre magnifique du récit de Michel Beaulieu, Je tourne en rond mais c’est autour de toi. L’amour arrive toujours trop tard et trop tôt nous en sommes repus. Nous sommes seuls et sales, poussiéreux comme de vieux livres indéchiffrables.

Négativité

14 juillet 2008

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Je voulais vraiment écrire, malgré l’ivresse. À tout prix. À défaut de pouvoir formuler une pensée qui soit cohérente, j’ai décidé de pianoter sur mon clavier comme si j’eut été musicien. Remarquez, j’ai tout de même réussi à écrire le mot “quoi”, ainsi que le début de “ressemble”. Je crois me souvenir avoir voulu écrire « À quoi ressemble mon existence… ? ».

Jazz mon blogue

13 juillet 2008

Mon ami Simon et moi avons décidé de recommencer à animer “Jazz mon char” dès la rentrée scolaire, après presque un an d’interruption. Cette fois-ci, ce sera sur les ondes de CKRL. Je m’ennuie du micro, je m’ennuie des longues séances d’écoute musicale avec mon collègue afin de déterminer quelle bombe rythmique nous allons envoyer dans les oreilles des auditeurs. Je lisais cette semaine Oui de Thomas Bernhard (merci Albertine, je te serai toujours reconnaissant!) qui affirme, je paraphrase, que la philosophie est musique et que la musique est philosophie. Oui ! Je me questionne souvent à propos de la musique. Mais quel est ce langage qui nous emporte ? Que nous dit-il ? Le jazz, pour moi, a ceci de particulier qu’il incarne une question philosophique que je juge fondamentale, une opposition forte, insoluble : la dichotomie entre la liberté et le déterminisme. Le jazz, c’est la tension entre la structure, le défini, et la liberté, l’informe ; le jazzman construit une suite d’accords qui vient donner une cohérence à l’ensemble, pour ensuite se distancier de la structure : l’improvisation joyeuse, en équilibre précaire. Le solo, c’est la subjectivité mise à l’épreuve. Peu de gens aiment le jazz et certains affirment que c’est toujours la même chose. En fait, il s’agit pour moi de réflexions d’oreilles grossières, d’oreilles habituées à ingérer des suites de quatre accords majeurs (et quand c’est trois, là, c’est le summum !). Les grands solistes développent un langage qui leur est propre. En écrivant ces lignes, j’écoute Steve Coleman, qui est non seulement un grand soliste, mais aussi un compositeur, en plus d’être un philosophe du jazz. Sur le site du M-Base Collective, un groupe d’investigation musicale, vous pouvez mettre la main sur une vingtaine de ses albums, en plus d’avoir accès à certains essais écrits par le musicien. Parmi les albums à télécharger, je ne saurais trop vous suggérer Cipher Syntax, qui est un véritable petit bijou de Groove bien tendu et grinçant, comme je les aime. Comme le disait Frank Zappa : « Jazz is not dead, it just smells funny. »

Tamis

11 juillet 2008

Je passe mes ambitions au tamis. Je prends les pierres grossières et les lance de manière à ce qu’elles bondissent sur un lac mental qui me tient compagnie. Les morceaux les plus fins, ceux qui se glissent sans misère au travers du filtre, je les mange en m’enivrant de porto. Je m’allège du futur, je me débarrasse des probabilités, des suppositions. Vive maintenant.

Loin

10 juillet 2008

Kafka, depuis notre arrivée dans le nouveau laboratoire, tente par tous les moyens de s’enfuir. Moi aussi ces jours-ci je me sens des instincts de nomade. L’ailleurs m’appelle. Ce n’est pas tellement le voyage qui me tente. Non. Je n’ai pas envie de vacances, simplement d’un lieu qui ne soit pas ici. La soirée est calme, je suis seul sur mon balcon et je me trouve ennuyeux. Je suis de mauvaise compagnie. Les livres ne s’en plaignent pas, heureusement. Je retourne lire. Loin.

Synapses

7 juillet 2008

Tout n’arrive pas au bon moment. Au bon endroit. Faisons un peu de ménage dans notre spatio-temporalité, chère Fiction. Qui a dit que la temps arrangeait bien les choses ? Sagesse proverbiale, ouais. En fait, le temps arrange les choses parce qu’il érode les parois de nos souvenirs. Voilà, on dit que le temps arrange tout alors qu’il engourdit nos synapses, alors qu’il drape nos malheurs d’un oubli qui est lâche, vain, déprimant.