Cuba coule en flamme au milieu de mon écran tandis que mon chat plante ses griffes dans mon exemplaire de Prochain épisode.
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Aquin est né le 24 octobre 1929, jour du célèbre krach de New York. Quelle belle journée pour naître.
d’une « catastrophe naturelle autoréflexive »
Cuba coule en flamme au milieu de mon écran tandis que mon chat plante ses griffes dans mon exemplaire de Prochain épisode.
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Aquin est né le 24 octobre 1929, jour du célèbre krach de New York. Quelle belle journée pour naître.
Bon, maintenant que je suis ivre, je peux sans doute me permettre de me couvrir de ridicule. On pardonne tout aux ivrognes, n’est-ce pas ?
Visiblement, je ne suis pas Babe Ruth. Non, je suis un S et le plus souvent c’est assez facile, trop facile d’être ce que je suis. C’est un peu comme ça pour bien des gens, oui, nous nous laissons dériver dans le courant des événements sans trop y penser. Vraiment. Pour milles raisons, la pensée est incapable de se penser elle-même, avec justesse, ce qui renforce ses inclinaisons naturelles à ne pas emprunter les chemins les plus périlleux.
- Nous sommes lancés dans la vie comme une pierre contre le mur, dit mon ami.
- Nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps, lui répond Tzara.
Un soir, une bouteille de Shiraz tout simplement exquise m’a dit un secret. La plus belle des révoltes est une révolte contre soi-même. Comment le vin pourrait-il se révolter contre lui-même ? Il se laisse boire, tout simplement, comme vous et moi, comme la roche.
Vous vous dites « Oui mais… ». Moi aussi. Il est facile, il est risible de verser dans le fatalisme. Vous pouvez rire un bon coup, c’est fait pour ça. Je veux dire, les grandes déclarations, les pensées qui se donnent des airs de fruits mûrs, c’est fait pour ça, pour rire. Je me dis tout de même qu’il existe un champ des possibles pour l’homme que je suis, qu’il existe certaines barrières au-delà desquelles mon existence ne peut atteindre et cela me rend fou, cela m’emprisonne. Je suis déterminé jusque dans mes plaisirs les plus intenses et ça me donne envie de me révolter contre moi-même, comme on m’a suggéré de le faire.
On est tous là, moi le premier, à citer le JE rimbaldien, comme si cela allait de soi que nous étions autre. Je veux être un autre, tout simplement. Je pense, donc je suis moi, donc ma pensée ne sera jamais autre chose qu’elle-même, prévisible, humaine, incapable de tout éloignement, et cela rend la pensée digne de mépris.
En fin de journée, alors que je travaillais dans mon laboratoire, j’ai surpris, par ma fenêtre ouverte, les fabulations de jeunes garçons qui jouaient au baseball.
- Moi là, je suis un lanceur vétéran qui a beaucoup d’expérience. Ouais, j’ai 38 ans, mais je suis encore super bon parce que je m’étire avant chaque match.
- Ouais c’est cool !
- Ouais ! Pis toi, t’es un jeune catcheur et des fois, tu me demandes des conseils vu que j’ai de l’expérience. Lets go.
Là, je me suis levé de ma chaise et j’ai observé la scène. Le lanceur s’éloigne, il s’élance et la balle arrive un peu haut. Première balle.
- Eille c’est une prise ça !
- Ben non, c’est une balle. Mais le frappeur a fessé dans l’beurre ! Hahaha !
J’ai laissé les jeunes fabulateurs à leur existence rêvée pour visionner Blow Up de Michelangelo Antonioni, dans mon salon. À la fin du film, je rencontre une scène magnifique où un groupe de jeunes mimes jouent une partie de tennis, sans balle ni raquettes. Les deux mimes s’envoient la balle et le reste de la troupe suit celle-ci des yeux avec autant d’attention que si elle était réelle. À un moment, un mime frappe la balle par dessus le grillage et l’autre invite le personnage principal à lui rendre. Alors, celui-ci se prête au jeu et va la chercher en prenant soin de la cueillir à l’endroit même où le mime l’a frappé. Il lance la balle sur le terrain et le film se termine ainsi.
J’ai envie de jouer une partie de baseball avec les jeunes de l’immeuble. Je suis Babe Ruth et j’envoie les balles en orbite. Des fois, je fesse dans le beurre parce que j’affronte un lanceur d’expérience qui s’étire bien avant chaque match. Ça fait partie du jeu.
Botaniste du bien-être, établis ta culture dans un désert de solitude et engraisse le cactus de ton angoisse afin que celui-ci se dresse, victorieux comme un doigt d’honneur en plein midi.
« Mais malade, ce qu’on appelle malade de littérature, je le suis comme jamais je ne l’ai été, chose que je fête en secret. »
- Enrique Vila-Matas, Le monde de Montano.
Là-bas, sur la plage, le sable craque sous nos pieds et nous marchons parmi les algues sèches comme des cordons ombilicaux. C’est un endroit pour naître, un endroit pour rompre avec le silence de nos existences dépourvues de sourire. « Un sourire est sur ma bouche tel que si je venais de naître ». Je pense à Saint Denys Garneau, notre grand suicidé, notre belle tristesse incomprise. Il faut porter en nous cette pureté dont il nous a fait l’offrande.
Les nuits d’août sont ponctuées de perséides et nous en profitons pour nous gaver de cette prose céleste.
Le vin rouge leste nos vies de leurs lourdeurs urbaines et la lune devient méconnaissable tant elle est belle.
Nos lèvres profèrent des paroles sacrées et inventent des langages dont seules nos peaux avares peuvent comprendre la portée.
La parole ne suffit pas à celui qui souhaite communier et la chair devient hiéroglyphe pour qui sait s’y perdre.
L’estuaire du fleuve a l’haleine d’une simplicité oubliée qui nous réconcilie avec la beauté du monde.
Suis-je vide ? Parfois, je me le demande. Vide, je veux dire, hum, vide de sens, vide de signification, vide de cette luminosité qui serait, aux dires de certains, le propre de l’Homme. Une chose est certaine : ma pensée ne m’appartient pas. J’ai envie de rire de ceux qui parlent de contrôle, de ceux qui se croient maîtres de la situation. Rions. Rions !
Ha ha ha.
Je manque d’énergie, j’ai la révolte molle. Je parie qu’un jour je serai presque indifférent. Presque. Montaigne parle de ses paysans qui, en période de peste, s’enterrent eux-même pour ne pas contaminer les autres. Ne devrions-nous pas tous faire de même ?
Ha ha ha.
Parfois, il m’arrive d’écrire des billets d’une banalité exemplaire, simplement pour attirer le mépris des défenseurs de l’utilité. Aujourd’hui, comment dirais-je, j’ai l’impression forte et tenace que le trivial, le futile, méritent sérieusement d’être considérés comme moyen de résistance. Aussi, je ne roule jamais mes cents.
Ha ha ha.
Il est si agréable de fumer une cigarette en robe de chambre devant mon écran d’ordinateur que, même si je n’ai rien de spécifique à écrire, ou plutôt, bien que je n’aie pas envie de faire le moindre effort, je me permet d’écrire une phrase qui, somme toute, ne signifie rien sinon le plaisir malsain que je tire à écrire des banalités.
Mon bon ami Simon et moi avons pris l’habitude depuis quelques années de nous offrir, lors de nos anniversaires, des livres de toutes sortes, des lectures ayant d’une manière ou d’une autre changé notre vie au point que l’on désire les partager ensemble. Cette pratique merveilleuse trouve peut-être son origine dans ce passage de Réjean Ducharme, auquel je pense souvent, qui affirme que « lire un livre prêté lie ». Comme c’est vrai ! Bâtir une amitié ponctuée de lectures communes, voilà un projet qui m’enthousiasme, voilà ce que je considère être un dialogue sincère, une cohabitation mentale des plus stimulantes. Nous avons lu ensemble, alors que j’étais de l’autre côté de l’océan, L’éthique à Nicomaque. Avant cela, au tout début, ce fut L’Odyssée qui, je le constate après coup, fut le début authentique de l’aventure. Après que Simon ait lu Homère, nous rigolions beaucoup avec l’hospitalité antique. Simon, lorsque je lui rendais visite, disait toujours à la blague qu’il m’accueillerait avec des fourrures précieuses et des coffres bourrés d’or et des pierres les plus rares. Un bel exemple de contamination littéraire qui s’est poursuivie ensuite avec cette figure maintenant quasi-mythique pour nous deux, celle du philosophe-artiste. Combien de soirée avons-nous passé à débattre quant à savoir ce qu’était l’esprit libre ? J’imagine, avec le recul, qu’à ces moments précis où nous tournions autour du problème, nous étions, en acte, une part de la réponse que nous cherchions.
Si la lecture est un acte solitaire, un acte de distanciation, je suis de plus en plus convaincu qu’elle nécessite aussi un retour qui passe par le dialogue sincère. Rien n’est plus agréable que de partager son enthousiasme pour les grandes oeuvres, ces livres marquants qui sculptent notre être et nous rendent, parfois, étranger au monde. Je me souviens, par exemple, avoir été dans de drôles de dispositions à la suite de certaines lectures, Nietzsche notamment. C’est qu’il existe, et je sais que Simon partage mon avis, un écart considérable entre le grandiose des oeuvres capitales et la monotonie du quotidien. Quand je sors d’une oeuvre qui m’a occupé durant deux semaines, accaparant mon esprit jusqu’à m’amener à négliger le monde réel, j’ai besoin d’un ami avec qui partager mes impressions de lectures.
Hier, Simon m’a téléphoné pour me remercier de lui avoir offert les Fictions de Jorge Luis Borges. Le livre lui plaît, « c’est de la grosse bombe. » S’il savait comme son enthousiasme me fait plaisir ! Oui, l’Univers est une bibliothèque, Borges a raison et, si ce monde est bel et bien une vaste bibliothèque à l’intérieur de laquelle nous errons, de rayon en rayon, je suis ravis de pouvoir y vivre une authentique amitié littéraire.
Il y eut d’abord une photo de Marcel Duchamp qui, écrasé confortablement dans un fauteuil, sourire aux lèvres, cigare à la main et devant un miroir, surplombe un magnifique jeu d’échecs. Ensuite, une lourde nuit de sommeil dans lequel l’esprit opère ses agencements, trimballant le corps d’un bout à l’autre du lit comme pour le lessiver. Le matin vient avec son lot de lourdeurs, c’est toujours la même chose, mais le café est bon pour les esprits engourdis. Avec le matin est venu le travail et les mains quelques temps ont feuilleté les livres déjà racornis de Vila-Matas. Les yeux ont cherché, pas longtemps, ce passage élogieux à l’égard de Duchamp :
« La vie de Duchamp aura été le meilleur de son art. Ayant très tôt abandonné la peinture, il s’est lancé dans une aventure des plus risquées et où, dans l’esprit de Léonard de Vinci, l’art était avant tout considéré comme cosa mentale. Il s’est constamment efforcé de placer l’art au service de l’esprit et c’est ce désir même – soutenu par son exploitation si particulière du langage, du hasard, de l’optique, des films et surtout de ses célèbres ready-made – qui lui a permis de saper consciencieusement cinq cents ans d’art occidental jusqu’à les transformer du tout au tout. Pour plus de cinquante ans, Duchamp avait laissé tomber la peinture parce qu’il préférait jouer aux échecs. N’est-ce pas merveilleux ? »
En effet, c’est merveilleux. On retrouve, concentré en Duchamp, cet idéal du philosophe artiste si cher à Nietzsche et à Onfray. Il faut être une déflagration, disent-ils, ce que Duchamp peut-être plus que tout autre a incarné en érigeant son existence sur les bases chambranlantes – mais combien vivantes ! – de l’imprévu. On remarque, sur cette photo, le sourire satisfait de l’artiste qui s’est accompli jusqu’à faire de son reflet une oeuvre admirable. Il signe, Paris 1968, non sans ironie, avec un sourire qui dit : « Oui mais… la révolution a déjà eu lieu. »