Avec mon nouvel horaire d’homme à son affaire, j’ai du mal à trouver suffisamment de temps pour bloguer. Vous me direz, oui mais, c’est ton affaire aussi que de bloguer, non ? Ouaip. C’est pourquoi j’ai décidé d’amener avec moi mon portable lors des longs trajets de bus qui me mènent à la station de radio. Je constate à l’instant précis où j’écris ces lignes que ce sera pour moi l’occasion d’exercer mes talents d’espion. Je me réjouis ! Vraiment, le temps ne me fuit pas entre les doigts… and he better not… fucker !
- Longue vie aux jeudis de l’espionnage littéraire en compagnie de Soubresaut Templar !
Ce soir, c’est plutôt calme dans la 84. Il y a bien une fille assise à ma droite, mais elle écoute de la musique. Je crois entendre des bruits de cymbale. Ce doit être une rockeuse. Ah… Je préférerais surprendre les croustillantes conversations des jeunes qui s’en vont veiller. Les jeunes fêtards, c’est la vie propulsée à l’extrême ! Ils boivent tout, ils déchirent l’espace avec leur solide volonté d’avancer et de se saouler jusqu’à la mort ! Comme je les admire pour cette démonstration d’autodestruction vivifiante ! Hourra la jeunesse…!
Petite parenthèse ici : je ne peux m’empêcher de penser à Céline chaque fois que j’écris des phrases exclamatives. Vraiment, le point d’exclamation et les trois petits points lui appartiennent. Quiconque utilise à outrance ces signes de ponctuation, après Céline, risque fort de se couvrir de ridicule…! Voilà qui est fait pour moi…
Je n’ai jamais vu de bus si tranquille. C’est à croire qu’on connaît mes intentions. Hostie ! Je sais que vous lisez mon blogue, Monsieur le maire. Allez vous faire foutre ! Vous ne pourrez jamais rien contre les espions de la littérature, ni contre les poètes-ninjas qui s’entraînent secrètement dans mon espace mental. Un jour, et ce jour approche, vous serez dans l’eau chaude !
L’homme devant moi, celui à la veste de cuir, fait semblant de dormir. J’ai remarqué ses paupières mi-closes. Quel lâche ! Ouvrez vos yeux, monsieur, que je vous mette en fiction ! Je refuse les dormeurs, je préfère vous prévenir. Dans les livres (du moins, dans ceux que j’ai en tête), les gens ne dorment jamais par fatigue. Non. Ils dorment parce qu’à ce moment précis du récit, ils doivent rêver. Je n’ai jamais compris les gens qui ne lisent pas dans les transports en commun… Avant de devenir un espion, je lisais toujours dans l’autobus.
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Voilà le moment que j’attendais, le chemin du retour où je rencontre ces oiseaux nocturnes qui vont errer dans les coins sombres de la ville. Vous remarquerez que dans la phrase qui précède, les oiseaux ne volent pas. C’est normal. Il y a des gens autour de moi tandis que j’écris, mais ils ne se doutent pas du fait que je les transforme en être de langage. Je remarque qu’il existe une loi non-écrite des transports en commun selon laquelle il est interdit de regarder les gens dans les yeux. Je dois me méfier afin de demeurer incognito. Les gens refusent qu’on sonde leur être parce qu’ils se sentent impurs. C’est normal. Et puis, mon travail d’espion ne consiste pas tant à regarder les gens dans les yeux qu’à observer les raisons profondes de ce refus généralisé de la rencontre. Une fille parle avec son copain qui se trouve à l’intérieur de son téléphone portable. Elle parle si fort que j’entends tout ce qu’elle devrait plutôt murmurer, et si longtemps que je connais les moindres détails de sa vie privée. Si je lui avais adressé la parole pour lui demander ce qu’elle fait de son existence, elle m’aurait sans doute dévisagé de manière à me faire comprendre que je suis un martien. Comme quoi certains exhibitionnistes n’aiment pas se déshabiller lorsque c’est nous qui leur demandons.