La jeunesse belle et pimpante, maquillée et prête pour le carnaval annuel, se noie dans des litres d’alcool et lentement, avance dans la nuit brève du solstice et ressemble de plus en plus à une toile de Sergio Kokis où les visages coulent et se défont. Joie malgré tout. Une joie partagée d’atteindre des limites en communauté, en des excès de beauté et de laideur qui vont main dans la main, unis par l’alliance sacrée de la festivité. Parce qu’il faut fêter coûte que coûte, ne serait-ce que le simple fait d’exister, d’être encore là, en suspension dans l’univers. À tout instant, des gens se saluent en hurlant des souhaits sincères bien qu’insensés.
- Bouaaaah Schwouin Schwouan ! Bouahhhh !
C’est là que l’on peut entendre avec une netteté effrayante le cri primal de l’espèce descendue de son arbre pour inventer la civilisation. Nous pouvons en déduire que pour parvenir à s’oublier comme nous le faisons si bien, rien de mieux que de penser très fort à notre sort lors d’une fête torride et de le projeter dans un avenir lointain, mais glorieux.
- Veeeeee ‘el Schoub Caliss ! Veeee ‘el Schoub !! Ouéé ! Ouéé !
Pour parvenir à la haine et au mépris de soi et des autres, il n’y a pas de meilleur moyen que celui de s’aimer profondément par une chaude nuit d’été, idéalement l’une de ces nuits dont on ressort épuisés et sans souvenir comme l’on ressort d’une forêt shakespearienne.