La milliseconde qui suit le brusque réveil

17 juin 2009

Il y a de ces livres qui donnent envie d’écrire sur le champ, comme s’ils réussissaient à nous convaincre que d’écrire est quelque chose de nécessaire et qui va de soi. Je me souviens par exemple avoir été pris d’une soudaine rage d’écrire après avoir lu l’admirable Cosmos de Gombrowicz, où l’obsession est traitée comme étant un puissant moteur d’écriture. Alors, en bon élève, je suis parti à la chasse en me demandant quelles pouvaient bien être mes obsessions. Et sur ce chemin-là, j’ai rencontré l’obsession de découvrir mes obsessions personnelles, comme quoi Gombrowicz avait raison : on ne sort jamais de ce manège. Du moins le temps qu’on y croit, c’est-à-dire le temps de se rendre compte du ridicule duquel on se couvre en cherchant ce qui, au fond, est déjà en nous, de sorte que ce que l’on cherche est en fait ce qui cherche.

Mais bon. Écrire ne va pas de soi ces jours-ci, d’abord parce que j’ai été plutôt occupé (ce n’est pas une raison valable) et ensuite parce que le livre que je traîne avec moi depuis quelque temps me fait douter de mes capacités à penser. Et j’en suis maintenant à penser (à tort, sans doute) que nous doutons toujours trop tard et que si j’étais tombé sur cette brique plus tôt, l’écriture de ce blogue aurait été beaucoup plus laborieuse. Est-ce à dire que je regrette la lecture de ce livre ? Que non ! En fait, je crois qu’il est temps de resserrer mes exigences, il est temps de réfléchir plus sincèrement, avec le pas léger du fakir qui trotte sur des charbons ardents. Il est temps d’écrire de grands mensonges comme s’il s’agissait de grandes vérités, et d’y croire comme l’on croit absolument à l’horreur du cauchemar que l’on vient de faire lors de la milliseconde qui suit le brusque réveil.

2 réponses vers “La milliseconde qui suit le brusque réveil”

  1. J. a dit :

    Beau texte. Belle chute. Comme souvent.

    Pure curiosité, de quel livre s’agit-il ?
    C’est que j’aurais moi aussi besoin d’un tel déséquilibre.

    Merci.

  2. soubresaut a dit :

    Salut J.

    Merci du commentaire ! Le bouquin en question : Arthur Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

    Bonne lecture


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