— La mort d’un soubresaut (V) —

by Simon Brousseau

Je me suis réveillé à trois heures du matin dans une cellule de prison. Avant même d’ouvrir les yeux, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’étais couché sur un lit de béton, littéralement, et je n’avais pas la moindre idée des raisons qui m’avaient amené là.

Je veux dire, qu’est-ce que je crisse ici ? Ai-je commis un crime ? J’ai mal à la tête, je sens mon coeur battre dans mes yeux que je peine à ouvrir et je suis complètement déshydraté. Mes yeux. Une ruelle. Des hommes en noir qui me bousculent en riant. Un bar. Une femme fatale. Un verre de Martini. J’ai mal au coccyx. Des olives et une bouche, oui, une bouche ornée de dents impeccables. Une langue dans mon cou sur la piste de danse. Des désirs murmurés dans une oreille chaude.

Il y a des insanités gravées sur les murs de ma cellule, et, à côté de MICHELE INCULA LA POLIZIA, se trouve un bouton vert. Il se démarque du gris du mur et me semble rempli de promesses. J’appuie dessus en me demandant à quoi il peut bien servir. Je souhaite secrètement qu’il s’agisse d’un bouton d’éjection, que le toit s’ouvre et que je sois propulsé quelque part en orbite, loin de tout… ça.

Tout ça.

Et finalement, c’est le gardien qui vient à ma rencontre.

— Alors, Monsieur a-t-il dégrisé un peu ?

— Pardonnez-moi Monsieur le gardien, mais je ne comprends pas, je ne comprends rien, pouvez-vous m’expliquer les raisons qui m’amènent ici…? Ai-je commis un crime je ne suis pas un criminel je suis écrivain ou du moins c’est ce que j’essaie de devenir voilà pourquoi je suis à Napoli Oui je souhaite me rendre à Capri pour me faire écrivain je veux je dois me rendre à la Villa Mal—

— On vous a trouvé ivre mort hier après-midi, à la Grande Place, et vous n’arriviez pas à nous expliquer où vous logiez, alors on vous a emmené ici, pour votre sécurité, afin que vous retrouviez vos esprits. C’est la procédure.

Il m’a ensuite expliqué qu’on me rendrait ma liberté dans quelques heures, lorsque les collègues reprendraient le service.

Je pense qu’on m’a drogué, mais je ne peux pas le dire au gardien. Je n’ai pas l’habitude de perdre le contrôle de la sorte. Et surtout dans de telles circonstances…

Je ne veux pas que les autorités se mêlent de cette histoire, mais je crois, oui, je suis persuadé qu’on me veut du mal. Je dois absolument écrire à Hortense, elle me manque, j’aurais dû l’inviter à m’accompagner, j’aurais dû l’amener avec moi à Capri, je n’arrive à rien, loin d’elle, je ne sais plus écrire lorsque nous n’avons pas baisé dans l’heure qui précède, son corps, sa présence son regard sa voix oui sa voix et son intelligence, sa capacité à vivre me sont indispensables et s’il n’est pas trop tard — je ne crois pas me tromper en affirmant qu’il n’est jamais trop tard —, je lui demanderai de venir me rejoindre.

Non, je ne peux pas. Je ne veux pas qu’elle soit mêlée à ces histoires. Si seulement j’avais pu me rendre à la chambre 214, hier soir, tout serait réglé…

Je dois par—

— À SUIVRE —

LA MORT D’UN SOUBRESAUT (I)

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