Merci Dosto

by Simon Brousseau

Je pense souvent, de plus en plus souvent, que les études littéraires, le discours théorique surtout, sont ridicules. Ça me frustre. Je reviens constamment là-dessus, avec mes proches. Je viens d’une école assez théorique, ça s’est fait par hasard, j’ai l’impression, et à un moment je me suis mis à aimer la théorie pour elle-même, comme si c’était une fin, la pensée théorique, et qu’elle n’avait pas à servir une cause, une idée, les gens, quelque chose comme ça. Il faut faire attention avec ces choses-là. C’est ridicule de prétendre à la scientificité. Je ne connais pas grand-chose à la science, mais l’idée que je m’en fais est humaniste. Elle devrait, idéalement, être au service du bonheur. That’s it. Je pense que tous les grands théoriciens ont cette idée-là derrière la tête.

 

Je pense à ça parce que je viens de terminer les Frères Karamasov. Il y aurait 1000 choses à dire à propos de ce grand roman. Mais l’essentiel, c’est qu’il s’agit d’un texte qui a la capacité rare d’aviver la conscience du lecteur, sa sympathie pour la souffrance des autres. C’est une leçon immense que nous livre Dostoïevski. Les humains sont méchants, les humains sont à plaindre. Il faut de la compréhension, de l’amour, la capacité de pardonner. Je sonne catho comme le christ en disant ça, mais je ne pense pas que ce soit le fond de la question. Ce que j’essaie de dire, c’est que la littérature peut, doit avoir un but. Je suis tellement en crisse contre le discours textualiste, la pensée d’une littérature autonome, coupée de la réalité, toutes ces hosties de cochonneries de théoriciens post-structuralistes. C’est un mensonge, c’est une erreur grossière. Un texte autosuffisant, une littérature solipsiste, ça ne se peut pas. Et les textes, les penseurs qui prétendent à cette autosuffisance sont misérables.

 

Je veux croire que la littérature peut nous rendre meilleurs. Je m’en sacre de sonner cliché, je m’en sacre d’être impressionniste, préthéorique ou j’sais pas quoi. Il y a des idées vieilles comme le monde, des clichés qui valent la peine d’être répétés sans cesse, avec toujours plus de verve. Si un roman peut me rappeler que la réalité est toujours plus complexe, qu’elle ne finit jamais de se déplier et qu’on a toujours tort d’arrêter un jugement définitif sur celle-ci, s’il me permet de constater que je ne suis pas seul à souffrir de cette complexité, avec mes fautes passées et ma connerie, et bien c’est amplement suffisant, je ne lui demande rien d’autre.

 

On arrive difficilement à parler de ça dans les milieux académiques. Parce qu’il faut une méthode, des hypothèses, un cadre.

 

Le cadre, c’est la vie, la méthode, c’est l’angoisse qui vient avec.

 

Merci Dosto.

Merci bonsoir.